4 mars 2016

De George Orwel "1984", du "4 août 1789" et du "Titanic".


 
« Tout comme dans le roman de George Orwell 1984, l’Histoire doit être réécrite pour y introduire des personnages dont l’existence sert l’idéologie et en effacer d’autres qui entravent sa propagation…/… Aujourd’hui, la volonté de noyer les langues anciennes dans les enseignements interdisciplinaires, le fait de rendre optionnel l’enseignement de périodes telles que les Lumières ou encore celle où l’Église exerçait un pouvoir considérable sur la société - ce qui a participé à façonner en profondeur l’identité du peuple français -, la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires participent d’une entreprise de transformation du regard des Français sur leur identité et celle des autres. Progressivement, c’est la mémoire du peuple français qui va s’effacer. Peu à peu, l’identité française est vidée de son contenu, de sorte qu’un jour, on ne pourra plus guère inscrire les générations dans une filiation historique avec celles qui les ont précédées sur le sol français.../… » [pages 282-283]*
 
« Les actions de groupe entraînent la société vers son hyper-judiciarisation. Les rapports ne se font plus simplement entre individus, mais entre groupes ethnoraciaux…/… Au-delà de la judiciarisation de la société, il faut prendre conscience du fait que le climat social instauré rendra de plus en plus difficile, voire même impossible, toute cohabitation dans la sérénité. Une nouvelle fois, l’histoire devra établir la hiérarchie des responsabilités dans les troubles qui naîtront de cette communautarisation. Il ne faut pas sous-estimer la force des symboles et, dans ce cas précis, le symbole auquel il est attenté, c’est celui de la nuit du 4 août 1789. Les Français ne sont pas les Américains. Ils ne renonceront pas si facilement à leur histoire ni à leur culture, qui ont façonné les paysages de leur territoire…/… » [pages 287-289]*
 
« Tandis que le navire s’enfonce dans la froideur des mers, nos élites, tels les musiciens de l’orchestre du Titanic, continuent de jouer leur partition dans un mépris saisissant de ce qui se noue pour leur peuple. Seuls comptent le temps présent et la satisfaction d’un appétit sans limite. Leur intérêt ne coïncide plus avec celui de leur peuple... » [page 303]*

 

* Extraits de « Décomposition française - Comment en est-on arrivé là ? », Malika Sorel-Sutter, Éditions Fayard, nov.2015.

2 févr. 2016

Entre iconoclasme et idolâtrie


« Notre époque semble traversée de nouveau par deux grands courants, celui de l’iconoclasme et celui de l’idolâtrie. L’iconoclasme ne se manifeste pas seulement dans les formes spectaculaires des destructions d’œuvres d’art, comme les bouddhas de Bamiyam en Afghanistan, et les restes de la civilisation assyrienne*, au nom d’un monothéisme radical qui interdit toute image et toute représentation de la divinité, mais aussi dans un certain consensus et fanatisme laïc qui interdit dans les écoles et bâtiments publics toute représentation ou signe religieux…/… L’art contemporain, lui-même, semble habité par cet iconoclasme où, au nom de l’abstraction, on bannit toute figuration de l’Absolu…/… nous sommes une société de plus en plus iconoclaste et, de plus en plus, par la saturation omniprésente des images, vouée au culte des idoles. »

(extrait « sens et sagesse de l’icône, entre iconoclasme et idolâtrie, caricatures et interdits de la représentation », Jean-Yves Leloup, Uppr Éditions, 2015.) 

 
* Destruction des statues du musée assyrien de Mossoul, ainsi que des statues et des murs du joyau de la cité antique de l’ère assyrienne de Nimroud, en Irak.


 
 

1 janv. 2016

Sur le retrait du monde


« Un temps vient où les hommes seront fous, et quand ils rencontreront quelqu'un qui n'est pas fou, ils lui diront : Tu déraisonnes. Et cela, parce qu'il ne leur ressemble pas. »

(Apophtegme d'Abba Antoine, cité par Jean Biès "Art, Gnose et Alchimie, trois sources de régénérescence.")



8 déc. 2013

Comment comprendre la formule de « l’art est mort » ?


par Michel De Caso

La formule l’art est mort peut paraître abrupte au premier abord. Sans doute doit-elle être quelque peu précisée. Cette formule s’inscrit en fait dans la même veine que la formule  Dieu est mort. Comme celle-ci, elle se veut sans concession et, sur le plan philosophique, elle l’est.
Pour autant, à un certain niveau de réalité, ces formules peuvent paraître à l’emporte-pièce et absurdes. Comment en effet avait-on pu prétendre que Dieu était mort ? Comment Dieu aurait-il pu mourir ? De même, comment peut-on prétendre que l’art est mort ? Comment l’art pourrait-il mourir ? C’est pourquoi appliquées à la réalité ultime, ces formules doivent être d’abord comprises sur le mode du pamphlet.
Il n’empêche que dans l’immédiateté du temps, celui auquel nous avons accès, elles recouvrent une certaine réalité.
Focalisons-nous ici uniquement sur la formule l’art est mort.
Les arts plastiques ont été à la pointe du constat de la mort de l’art, n’ayant plus aucun critère de sélection formelle depuis belle lurette.* La mort de l’art trouve en eux ses meilleurs modèles. C’est ainsi que la conception de l’art qui avait prévalu pendant des siècles commença à cesser d’abord dans les arts plastiques.
Après avoir légitimé des œuvres plastiques au nom de la rupture avec l’art originel, depuis quelques décennies, nous avons eu droit à tout un ensemble de discours assignant à l’œuvre d’art des fonctions pour le moins changeantes. Ainsi,  nous avons entendu que l’œuvre plastique est au service de la psychanalyse, de la société, de la nature, de la révolution, de la spontanéité, de la fraternité, de l’immanence, etc… Au début, la légitimation intellectuelle avait trouvé sa réponse dans des propositions plastiques ouvertement faites contre l’art et, en fin de route, les mêmes propositions furent légitimées au nom de l’art. Depuis quelque temps déjà, en effet, c’est bien au service de l’art que la cause de l’anti-art est affairée. Il est difficile d’aller plus loin dans l’arnaque intellectuelle.
Pourtant ces différentes astuces sémantiques fonctionneront aussi longtemps qu’elles répondront à un triple besoin. D’abord, le besoin narcissique du spectateur qui se réjouit de ce nivellement formel par le bas. Ensuite, l’intérêt économique des marchés avec leur besoin incessant de renouvellement de marchandises. Enfin, la visée idéologique des pouvoirs politiques qui attribuent à l’art la seule fonction de favoriser le lien social.
Aujourd’hui, suite aux différentes prises de positions des uns et des autres, les langues se sont déliées et les choses ont désormais été dites et écrites.
Bien sûr, le constat de la mort de l’art n’est pas fait pour recueillir l’assentiment général. Par définition, nombreux sont ceux qui ne le partagent pas. Peut-être changeront-ils d’avis lorsque, habitués à prendre le train en marche, la mort de l’art aura été historicisée ; mais cela, ce n’est pas pour demain !
En outre, la philosophie même de ce site internet fait que le point de vue de la mort de l’art n’a pas à chercher à convaincre qui que ce soit de sa validité. Il suffira que certains s’y retrouvent. Pour le reste, chacun peut continuer à défendre ses intérêts particuliers et à comprendre le monde depuis son propre point de vue… jusqu’à ce que, vraiment,…  l’arrêt mord !
 

* D’autres expressions artistiques, du moins dans un premier temps,  peuvent être moins touchées du fait même de leur nature qui exige un apprentissage technique sévère. Il en est ainsi, par exemple, de la musique et de la danse.

6 nov. 2013

L’art est mort, et les artistes, aussi.

par Michel De Caso

 
Aujourd’hui, celui qui désire comprendre la logique infernale des idéologues de l’art dit contemporain a désormais à sa disposition deux livres supplémentaires (1). Leur lecture lui donnera une série d’informations capitales qui lui permettront de mieux saisir les tenants et aboutissants de cet "art contemporain qui n’est pas l’art d’aujourd’hui mais un label qui estampille une production particulière : l’art conceptuel, promu par le réseau international des grandes institutions et, en France, par l’État. "(2).
 

Je fais partie de ces "artistes" qui ont débuté leur "carrière" dans le début des années 80, au début précisément de la "mise à mort bureaucratique de la peinture" (3). Dans ces années-là, nous avions été nombreux à croire que la roue tournerait et que ce non-art qui se hisse au niveau de l’art finirait bien par s’essouffler. Ce que nous n’avions pas réellement envisagé, c’est qu’une société a les "artistes" qu’elle mérite ou ceux dont elle a besoin, ce qui revient au même. Aussi, pour notre part, il est devenu vain de s’expliquer encore et encore sur des évidences. Nous avons participé en son temps à tout ce travail de décryptage et il n'est plus vraiment d'actualité de continuer. Nous laissons toutefois à d’autres cette lourde tâche d’information, d’autant plus qu’ils s’en acquittent parfaitement…
 

Au moment où "tout le monde est sommé de devenir artiste"(4), alors que "tout est art et tout le monde est artiste"(5), comme "enterrés vivants", nous prenons le large. Il est vrai que notre lucidité est à la hauteur de notre pitoyable constat. Alors, bien sûr, s'agit-il de continuer la pratique artistique, mais il est tout aussi important de ne rien en attendre et d’apprendre à faire avec. Ne faut-il d’ailleurs pas toute une vie pour apprendre à faire avec ? Notre reliance au métier et à toutes les prodigieuses richesses du passé n’étant plus de saison, laissons passer l’orage et restons disponible au cas où, lorsque, tombés au fond de l’abîme, il sera devenu inéluctable de remonter.

 
Alors, loin des vernissages mensongers et autres farces médiatiques, c’est toujours dans le silence de l’atelier que nous trouverons la force et la sagesse de poursuivre inlassablement notre quête artistique, même si de fait, aujourd’hui, l’art est mort et les artistes aussi. Comme Aude de Kerros l’écrit à la fin de son livre, "le signal est donné, il est temps aussi pour tous de quitter le bateau de l’art contemporain et de passer à autre chose."(6). Quand le bateau reste manifestement à quai, convient-il en effet de changer de véhicule…

 

(1)
- "1983-2013 – années noires de la peinture", Aude de Kerros / Marie Sallantin / Pierre-Marie Ziegler, édition Pierre-Guillaume de Roux, octobre 2013.
- "L’art caché - les dissidents de l’art contemporain", Aude de Kerros, 2° édition complétée, Ed. Eyrolles, septembre 2013.
(2) extrait 4° de couverture de "L’art caché".
(3) Sous-titre de "1983-2013, années noires de la peinture".
(4) page 293, "L’art caché".
(5) page 294, "L’art caché".
(6) page 304, "L’art caché".

18 févr. 2013

«Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l'urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu'ils en admirent la beauté»*

Lire l’entretien de Christine Sourgins donné à Valérie Duponchelle à propos de Marcel Duchamp dans Le Figaro du 15 février 2013, page 28.
Extraits :
« … Dès 1962, Duchamp s'indignait de la récupération dont il était l'objet: "Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l'urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu'ils en admirent la beauté.", lit-on dans sa Lettre à Hans Richter en novembre 1962. Duchamp trouva "emmerdatoire" une manifestation de BMPT (nom du groupe formé par Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni entre 1966 et 1967, NDLR), aux Arts déco en 1967: ces jeunes se prenaient trop au sérieux à son goût… »

* Marcel Duchamp

14 févr. 2013

Bibliographie chronologique de Laurent Danchin, MAJ 2013.

Un document exceptionnel :
la bibliographie chronologique établie par Laurent Danchin, mise à jour 2013.
Pour mieux comprendre le débat français sur l'art contemporain.
Cliquez ici pour accéder au fichier PDF.

13 sept. 2012

Un signe des temps : le chaos symbolique.

par Michel De Caso



Il faut lire le livre d’Aude de Kerros, "Sacré art contemporain" (Ed. Jean-Cyrille Godefroy, 2012) pour saisir les multiples facettes du jeu machiavélique exercé par les théoriciens de l’AC(1). Outre des informations de premier ordre, souvent ignorées de ceux qui sont exclus des réseaux de l’AC, De Kerros se livre à un incontournable décryptage des tenants et aboutissants de l’idéologie en question. Car c’est bien d’idéologie dont il s’agit, avec ses interdits, ses sous-entendus, ses préférences, ses connivences et ses intérêts. Le livre montre notamment la connivence qui existe désormais entre les membres éminents du clergé catholique et les fonctionnaires représentant l’AC, dont l’exemple du Collège des Bernardins à Paris se veut la figure de proue.

Si certains encore doutaient des intentions de l’AC, ce livre devrait leur permettre de saisir pourquoi les protagonistes de l’AC et leurs suiveurs en sont arrivés à cette haine du métier et de la forme. Le lecteur perspicace saisira comment l’AC revendique le partage narcissique de la nullité et de l’abject. Comment dans son obsession de ne pas plaire et de questionner par le détournement systématique, il façonne des générations d’intellectuels post-modernes qui s’honorent de revendiquer tout et son contraire. Finalement, leurs discours est à la hauteur de la schizophrénie de notre monde. Depuis des décennies, nous aurons entendu tous les justificatifs pour mettre à bas l’opérativité de l’art. Les raisons de la haine de l’art ont tour à tour été révolutionnaires, sociales, plastiques, psychanalytiques… Elles sont aujourd’hui religieuses. Pour certains, le rêve s’est réalisé : la transcendance horizontale s’est enfin substituée à la verticale. Le chaos symbolique peut s’installer.

Hé bien oui, l’art est mort en ce sens qu’il n’est plus utile au monde contemporain. Dit d’une autre façon, il est clair qu’une société a l’art qu’elle génère. L’AC est donc effectivement le révélateur de notre monde et, dans ce monde qui est tel qu’il est, ce sont les financiers qui s’en sortent le mieux. Au citoyen, on lui demande d’aller voir les expos d’AC et s’il n’y va pas, c’est l’AC qui vient à lui. La seule initiative qu’on lui laisse, c’est la possibilité de diriger ses illusions dans un bulletin de vote périodique…. Pour le reste : nihil novi sub sole (2). D’une certaine façon, et sans que cela soit une adhésion au dadaïsme - loin s’en faut-, les dadaïstes sont au pouvoir mais la différence entre les dadaïstes historiques et ceux d’aujourd’hui, c’est que les premiers n’étaient pas au pouvoir, et ce détail change tout ! Alors, souvenons-nous de la réflexion du grand Tarkovski :« La culture de masse nous empêche de nous tourner vers les questions fondamentales de l'existence et de nous assumer en tant qu'êtres spirituels. »

Terminons tout de même par une note d’espoir exprimée par De Kerros, l’Espérance n'étant pas l’une des trois vertus théologales de la voie chrétienne ? « Pourtant cette pratique de l’Art, non duchampienne qui recherche l’accomplissement de la forme pour délivrer le sens, existe aujourd’hui et existera aussi longtemps que l’humanité elle-même. Elle procède du circuit qui s’établit naturellement entre le cerveau, l’œil et la main de l’homme dont l’exigence est de créer. » (3)

 

(1) Acronyme désignant Art Contemporain et correspondant non pas à l’art d’aujourd’hui mais à une mentalité née dans les années 1914-17 avec les premiers ready-made de Duchamp. Il s’agit d’un non-art essentiellement conceptuel qui, entre autres, rejette toute approche sensible et formelle. C’est précisément ce type de non-art dont raffolent nos élites intellectuelles.

(2) Rien de nouveau sous le soleil.

(3) "Sacré art contemporain", page 115.

25 janv. 2012

« Coup de torchon à la Tate Britain »*

« D’après le "Sunday Times" du 15 janvier 2012, trois experts des Maîtres historiques, dont un de renommée internationale, viennent de claquer la porte de la "Tate Britain" qui regroupe les collections d'art britannique, de la Renaissance à aujourd’hui. Le musée étant dirigé par Penelope Curtis dont les vues "modernistes" sont connues, désormais tous les postes importants sont occupés par les tenants de l’art très contemporain à l’assaut du patrimoine. Un éminent universitaire, qui a demandé l’anonymat, (c’est dire si la liberté démocratique règne dès qu’il s’agit d’AC !) constate que désormais le patrimoine historique est considéré comme mineur : "La Tate manque à son obligation statutaire de gardien de la meilleure collection historique de l’art britannique au monde. On ne peut plus enseigner l’art britannique à partir de ce qu’il y a sur les cimaises." conclut-il. Car une partie  des collections est désormais reléguée aux réserves, à part les Turner. (Turner est intouchable, car produit d’appel de l’industrie touristique). A la place des chefs-d’œuvres de Stubbs, de Hogarth ou autres, on trouve l’œuvre de Cerith Wyn Evans, soit un candélabre à la flamme vacillante, accompagné d’une bande-son qui répète en boucle "Ouais" ; le tout occupe une salle entière. Voilà comment désormais la "Tate Britain" éclaire le monde de la culture…/… »

* Extrait du "Grain de sel" du 24-1-12 de Christine Sourgins

12 janv. 2012

« Style de vie »*

« … De façon générale, nous nous sentons menacés par toutes sortes de dangers, complaisamment rappelés et mis en exergue dans la plupart des discours politiques, lesquels ont cessé depuis longtemps les lendemains qui chantent ou le Grand Soir. Rien d’apocalyptique pourtant, sauf à considérer que la fin de l’euro - l’Eurogeddon, disent les banquiers américains - pourrait en faire office, ce qui serait une preuve de plus de l’incroyable manque d’imagination d’une époque dont les nouveaux prophètes sont les économistes en chef des grandes banques internationales. Aucune menace de guerre à l’horizon, en tout cas pour nos contrées européennes. Nulle famine en vue. Pour le dire en d’autres termes : ce n’est pas notre survie qui est menacée, mais tout simplement notre style de vie. Un style de vie ou la "création de la valeur" (financière) a remplacé l’idée de valeur tout court, et où la croissance économique est devenue la mesure de toute chose. Entretenir l’angoisse en multipliant les objets d’inquiétude (dette, euro, sécurité, immigration…) est une manière pour le Pouvoir de couper court à tout débat de fond sur cette question fondamentale du style de vie, et par exemple sur ce que pourrait signifier aujourd’hui l’idée de bien commun en dehors d’une note AAA décernée par Standard & Poor’s. Si l’année 2012 doit donc être décisive pour notre pays (et un peu au-delà), souhaitons qu’elle le soit d’abord dans ce renouvellement radical des termes du débat public… »

* Extrait de l’éditorial de Jérôme Anciberro, "Style de vie", revue "Témoignage Chrétien" n°3474, 5-1-2012, page 3.

25 nov. 2011

Le marché financier de l’art est à la FIAC – Et les autres marchés ?


par Aude de Kerros
A partir du milieu des années 90 le marché de l’art de la création actuelle c’est fracturé. Deux types de marchés sont alors apparus : l’un purement financier et l’autre fantomatique en raison de son absence de visibilité. 
Le « monopsone caché »
« Le règne des réseaux : Un seul type de marché règne sur l’international celui de « l’art contemporain » dont la caractéristique est le fonctionnement en réseau, en cercle  fermé, sécurisant la valeur. Les œuvres aux formats géants, principalement conceptuels, réservés aux hyper riches, atteignent des prix pharamineux. Le délit d’initiés et la pratique du trust est le moteur de la valeur.  Toute la chaine des producteurs de la consécration monétaire y sont présents: Le collectionneur dominant, également propriétaire d’une Fondation, d’une maison de vente, de galeries, de médias ou de sociétés acheteuses d’espaces publicitaires, est entouré de ses amis collectionneurs cooptés et prêts à entrer dans le jeu de la spéculation. Il entretient les meilleures relations du monde avec l’Etat qui légitime ses choix en les exposant dans les lieux du pouvoir et du grand patrimoine.  Ce marché truqué  accapare par son  spectacle  toute la visibilité et les circuits d’argent, rejetant dans l’ombre les  marchés ouverts. La limite du « Financial art » est cependant la survie de son réseau.
Le marché des « émergeants » : Un marché plus ouvert  sous-tend cependant ce système fermé: Le marché dit des artistes « émergeants » soutenu par un premier réseau composé d’écoles d’art, de galeries et d’institutions. A New York, les candidats à la cooptation par les réseaux « financiers » ont 4 ans  pour y entrer.  S’ils échouent mieux vaut changer d’activité !

Les  marchés fantômes
« Le Marché aux Puces » : Cette appellation peu  valorisante est due à la grande quantité d’œuvres hétéroclites proposées sur ce marché anarchique, dispersé, divers, multiforme.  Le bon et le pire sont au même niveau. Il n’y a pas de filiaires de reconnaissance. Les prix sont modestes, les amateurs cherchent le coup de cœur, c’est un vrai marché mais l’absence d’évaluation cultivée a pour conséquence un effondrement progressif de la valeur intrinsèque de l’art proposé à la vente.
Les petits marchés : Dans des lieux confidentiels, connus d’amateurs raffinés et cultivés, mais souvent aux moyens limités, des œuvres telles que la gravure, ou même la sculpture, bénéficiant d’un tirage limité, sont achetées et collectionnées par un public de connaisseurs. Il y a des trésors sur ces marchés.
Quelques galeries de bon niveau existent. Elles pratiquant le soutien de courants divers et importants quoiqu’invisibles médiatiquement.  Elles tâchent de trouver les meilleurs artistes et de les défendre sur le long parcours que suppose une véritable création. Il en est d’anciennes dans le métier, les plus connues ont été mises à la porte de la FIAC et des Foires internationales vers 1993, malgré leur succès sans faille. Elles étaient présentes à la FIAC dés le début et pendant 17 ans. La raison de l’exclusion a été le mot d’ordre « pas de peinture ! Pas de sculpture ! Pas de gravure ! Le concept seul est admis ! » C’est à ce moment là que le marché de l’art actuel s’est scindé en deux. Quelques nouvelles galeries de ce genre ont vu le jour ces dernières années. Elles croient à l’art et résistent face à l’AC, par conviction, par esprit d’aventure... Les prix y sont raisonnables et les amateurs achètent par goût, la spéculation n’est pas leur priorité.
Les galeries hors de France : La fermeture du système atteint un paroxysme en France. La peinture y est condamnée par l’Etat lui-même. Son autoritaire gouvernance de la création n’a autorisé que le concept, trente ans durant.  Le marché intérieur a été profondément perturbé par une sorte de concurrence déloyale et un accaparement des lieux prestigieux, des médias, des mécènes et des collectionneurs. Bon nombre d’artistes français renommés,  vivent grâce à des galeries hors de France. 
D’autres solutions ont permis de faire face à cette grande perturbation de l’évaluation de la valeur artistique :
Le cercle d’amateurs : Des personnes se sentant concernées par la valeur d’une œuvre soutiennent un artiste qui apparaît peu ou pas sur les marchés. Ce cas de figure a concerné, par exemple,  le peintre Balthus pendant la dernière partie de sa vie. L’œuvre peu abondante et à contre courant a pu être menée à bien grâce à quelques collectionneurs passionnés.
Le marché reporté à plus tard : Je citerais le cas extrême d’un  peintre aux œuvres d’une grande harmonie et virtuosité, « inadmissibles » par ce fait. N’ayant pas d’héritiers directs, elle a prévu bien avant sa mort  de murer son fond d’atelier dans une cave pour n’être ramené à la vue  que 50 ans plus tard. Des solutions proches sont pratiquées  mettant à contribution le « mécénat amoureux » et le « conservatoire familial » qui permet de remettre à plus tard l’essentielle évaluation d’une  œuvre de valeur. Dans le monde de la création, si « l’AC » est le miroir des produits financiers, par contre le cinéma, la musique, le design, la littérature ont tendance à devenir des « produits de consommation » de masse. L’art contemporain « produit financier » n’a aucune légitimité, par contre la production « mainstream » de « produits culturels » se justifie et  peut même être de qualité. Il ne faut cependant pas perdre de vue que  l’art obéit à d’autres nécessités  que celles de la rentabilité, de l’évènement, du marketing et meurt sans un espace de gratuité et de liberté. La civilisation est à ce prix. »

17 mai 2011

Le choc des bureaux *

par Michel De Caso
On savait depuis quelques décennies que les artistes n’étaient plus les acteurs de l’histoire de l’art. Avec la fin de la transmission de la main qui pense, un manteau mental s’était en effet progressivement déposé sur les ateliers et les outils avaient cessé d’être écoutés. Les mots s’étaient substitués au langage des formes et la transmission des maîtres étaient devenue inutile. Les critiques se mirent alors à parler, à beaucoup parler. Au début, habilement soutenus, certains discours eurent même quelques portées mais à force de démontrer tout et son contraire, leurs démonstrations s’asséchèrent.
C’est alors que les fonctionnaires de l’art commencèrent à exiger de goûter à la source créative, fut-elle tarie. Déjà, ils ne réclamaient plus d’artistes et l’art lui-même se mesurait selon le « ça c’est cher ». L’art était mort et l’époque leur appartenait. Après le choc des mots, le choc des bureaux fit entendre son tumulte et nul ne sait encore aujourd’hui combien de levées de lunes cela durera. Pour l’heure, des outils continuent d’émettre dans d’obscurs ateliers, et une douce chaleur y entretient le feu, le temps d’une couvaison. Longue vie aux oiseaux…

* A propos du débat autour de la présidence de Chaillot II. Plus d'infos

31 mars 2011

L’Art est mort, vive l’AC !

En ses temps crépusculaires, reprenant la rubrique de Christine Sourgins, citons ici la conclusion du dernier livre de Jean Clair, « l’hiver de la culture ». 
« Les gesticulations convenues des gens d’Eglise et des fonctionnaires d’Etat admirant "l’art contemporain", si contraires à leurs fonctions et à leur mission, évoquent les pantomimes burlesques des Fêtes des Fous lorsque le Moyen-Âge touchait à sa fin. Cela aurait peu d’importance. Combien d’artistes, dans le siècle qui s’est achevé et dans celui qui commence, incomparablement plus maltraités que leurs compagnons de la fin de l’autre siècle qu’on avait appelés des artistes "maudits", ont-ils disparus, en effet sacrifiés, dans l’indifférence des pouvoirs supposés les aider, morts sans avoir été reconnus désespérés trop souvent de cette ignorance ? C’est pour eux que ce petit livre aura été écrit. »

20 févr. 2011

Chronique d’une dissidence en démocratie.

par Michel De Caso
Chronique d'une dissidence en démocratie :
- Le « plastiquement correct »
- Dissidence et orthodoxie
- Sur quelques ostracismes notoires
- Multiplicité et unité républicaine
Cliquez ici

10 janv. 2011

« Note de vocabulaire à propos de la notion d’"art" »

par Aude de Kerros
Article paru dans Liberté Politique.com
En quoi « les mots "Art", "Art contemporain" et "Financial Art" sont trois notions différentes »?
Cliquez ici

23 sept. 2010

« La légende d’un art séditieux »

Les prises de position critique vis-à-vis de l’art contemporain institutionnalisé s’expriment désormais librement. Il en est une que nous avons remarquée pour sa pertinence et c’est à la perspicacité et au talent de Sébastien Lapaque que nous la devons. Ce dernier précise notamment en quoi « loin de troubler l’ordre social, la déconstruction et la rupture sont devenues la norme » et « contrairement à ce qui se raconte pour soutenir la légende d’un art séditieux, le rebelle chic participe du système ; et il y participe même très bien. »
Il aurait été dommage de supprimer des passages du texte de Sébastien Lapaque. Le voici donc dans son intégralité sous forme pdf : cliquez ici .

16 sept. 2010

Morale ou politique ?

La « morale » ne peut-elle se vivre qu’en dehors du champ politique ? De même, la « politique » est-elle inévitablement amorale ? Finalement, doit-on choisir entre « morale » ou « politique »? Dans une récente chronique, le philosophe André Comte-Sponville nous invite à une fine réflexion à ce propos. Nous avons pensé utile de reprendre ici quelques extraits de sa chronique :
« … Nous avons besoin de morale, pour nous gouverner nous-mêmes, et de politique, pour gouverner ensemble le peuple que nous formons…/… Aussi faut-il les prendre ensemble (elles sont toutes deux nécessaires), mais sans les confondre. Donner le pouvoir à un escroc ? Ce ne serait pas raisonnable.
À un raciste ? Ce ne serait pas acceptable. Ce n’est pas une raison pour confondre une élection, par exemple présidentielle, avec un prix de vertu. Méfions-nous des bons sentiments, de la bonne conscience, et même de nos colères, qui voudraient nous faire croire que morale et politique sont du même côté - le nôtre !-, ce qui laisse entendre que nos adversaires, en politique, sont forcément du côté du mal ou de l’erreur…/…
La gauche n’a pas le monopole du cœur, ni la droite le monopole de la compétence. La politique n’oppose pas les bons aux méchants (contrairement à ce qu’on croit souvent à gauche), ni les intelligents aux imbéciles (contrairement à ce qu’on croit parfois à droite)…/...
La morale n’est pas politique : elle n’est ni de droite ni de gauche. La politique n’est pas morale : ce ne sont pas les plus vertueux qui gouvernent, mais ceux qui ont gagné les élections… » (1)

(1) Extraits de la chronique de André Comte-Sponville, « Morale et politique », in « Le Monde des Religions », sept-oct 2010, n°43, p.82.

9 févr. 2010

Recherche démocratie, désespérément !

Recherche démocratie, désespérément ! Pièce en 3 actes.
Acte 1
Dans son Dictionnaire philosophique portatif, paru en 1764, Voltaire s'exprime ainsi à propos de la démocratie : " Le grand vice de la démocratie n'est certainement pas la tyrannie et la cruauté (...) Le véritable vice d'une république civilisée est dans la fable turque du dragon à plusieurs têtes et du dragon à plusieurs queues. La multitude des têtes se nuit, et la multitude des queues obéit à une seule tête qui veut tout dévorer."
Acte 2
En 2010, dans sa présentation de Voltaire, le site de Culturesfrance présente ainsi l'éminent philosophe : " Ne fera-t-on jamais taire cet homme ? , aurait dit Louix XV excédé. De fait, sans doute parce que la censure et les hommes de pouvoir ont cherché sans relâche à le bâilloner, Voltaire a crié toute sa vie plus fort que les autres."
Acte 3
Dans leur article "Le faux dilemme de Venise", paru dans "Le Journal des Arts" n° 318, Gaël Charbau et Stéphane Corréard réactualisent de façon pathétiquement magistrale, pourrait-on dire, la terrible actualité de la mise en garde de Voltaire, prenant ainsi au mot la présentation faite de l'illustre philosophe par Culturesfrance : " Des goûts et des couleurs, mieux vaut souvent ne pas discuter. Notamment lorsqu'il s'agit de déterminer quels artistes auront les honneurs de la République à Venise, mais aussi à Versailles ou au Grand Palais... Au-delà des préférences artistiques, cependant, c'est bien la question du mode de désignation des artistes qui devrait faire débat, d'autant que les mêmes noms semblent souvent revenir en boucle. Imaginons un monde idéal où ... "

20 déc. 2009

Violence du dispositif et dérive néo-libérale.

par François Derivery, Claude Rédélé et Martine Salzmann.
Extrait de la revue Ecritique n°9.
Retour sur La force de l’art n°2 : violence du dispositif et dérive néolibérale.
Constat et décryptage.
" Depuis 1972, en France, l'institution s'est donnée pour mission d'orienter la création artistique vers les attentes du marché. Les expositions officielles d'art contemporain ont depuis moins servi l'art, comme elles le prétendent, que précipité sa perte d'indépendance et le renoncement des artistes face aux décideurs..."
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8 oct. 2009

Blabla, Bling-bling & Bobo.

par Michel De Caso.
Les arts plastiques, c'est plastiquement vivant, et puis, tellement festif que c'est vraiment sympa. L'art enfin à la portée de tous. La révolution dans les têtes des citoyens et une nouvelle conscience planétaire à l'horizon pour nos enfants. Tous des artistes, vous dis-je ! Que ce symbolisme de bazar est plaisant. Le sacré enfin désacralisé. La révolution au pouvoir. Ce qu'il est touchant de toucher la vérité par ces mots tronqués. Combien il est grisant d'être amené sur les bords de l'abîme. La confrérie des trois B (Blabla, Bling-bling et Bobo) est vraiment le nec plus ultra en matière de contemporanéité. Des néons, des boulevards et des nuits blanches. Blanc est le Noir. Merci pour eux…

11 juin 2009

À propos de «Art et Voyeurisme, des Pompiers aux Postmodernes», de F. Derivery

par Martine Salzmann.
Extrait :
« ... Les stratégies des peintres Pompiers tardifs et des artistes Postmodernes diffèrent par leurs moyens techniques et formels, mais François Derivery met sur un pied d’égalité ces mouvements pourtant réputés sans commune mesure. Il pose sur les œuvres un regard qui observe, réfléchit et remarque les mêmes attitudes : un goût immodéré pour la performance spectaculaire, une asthénie de l’esprit critique, une immobilisation du regard tendu dans une posture extrême, trop proche ou trop distanciée, une disparition de toute complexité conceptuelle, un appétit cognitif atteint d’anorexie, et enfin une incapacité à s’ouvrir à la diversité du monde et à observer le réel pour "soumettre au doute les certitudes du voir"...»
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6 mai 2009

La question des "vraies valeurs".

par François Derivery.
« Avec la crise financière ce n’est pas seulement la valeur marchande et l’intérêt spéculatif de l’Art Contemporain qui sont en chute libre. Sa qualité même d’art, qui faisait hier l’unanimité, fait aujourd’hui question. L’Art Contemporain ne se vend plus ou moins bien : du coup est-ce qu’il s’agit bien d’art ? La confiance s’effiloche et, pour la relancer, pour rassurer les acheteurs, le marché, par la voix de ses représentants, proclame la fin des valeurs surfaites … »
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30 avr. 2009

"La Force de l'art 02" au Grand Palais : un spectaculaire contre-sens.

par Pierre Souchaud.
L'exposition du Grand Palais "La Force de l'art" est définie par le directeur de la revue Artension comme un spectaculaire contre-sens économique, sociologique, artistique et historique.
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22 févr. 2009

Existe-t-il un art qui ne soit pas un “Financial Art” ?

par Marie Sallantin.
« En art la réussite est-elle toujours la valeur première? Avant que ne s’impose dans le milieu de l’art une "morale de la réussite", comme l’avait noté Jean-Philippe Domecq en 1994 dans le Pari littéraire (Esprit, 1994), regarder les œuvres pour elles-mêmes n’était pas suspect. Puis est venu le temps du "Financial Art" imposant ses critères à lui... Les critères propres au "Financial Art" sont ceux du milieu et de ses réseaux, ils n’ont rien de commun avec les critères esthétiques liés aux œuvres. Ils n'ont rien de commun avec l’histoire de l’art non plus, puisqu'ils se substituent à elle. Car c’est le réseau qui crée la valeur, pas l’artiste. Seul le succès compte… »
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3 févr. 2009

Le dernier Art Officiel du XXème siècle.

par Aude de Kerros.
Présentation par Pierre Souchaud : « Aude de Kerros nous fournit ici tous les éléments qui permettent de comprendre la genèse et le développement de cette anomalie historique qu’est, en France, l’art officiel, dont l’existence ne fait aucun doute pour une immense majorité des acteurs de l’art. Cette analyse magistrale, précise, complète, à la fois panoramique et extrêmement fouillée, était indispensable. Elle pourra servir de référence pour la mise en oeuvre des réformes structurelles qu’on attend. ».
Cliquez ici pour télécharger le fichier pdf.